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Le SARS-Score, un outil de diagnostic du risque de forme sévère de Covid19

L'équipe d'Isabelle Cremer et ses collaborateurs proposent d'utiliser le SARS-Score pour évaluer le risque d'aggravation des patients COVID19. Publié dans Frontiers in Immunology le 12 juillet 2021.

Une équipe collaborative sous la direction d’Isabelle Cremer au Centre de Recherche des Cordeliers a montré qu’un ensemble de marqueurs biologiques du système immunitaire faciles à analyser permettent d’identifier les patients à haut risque de développer une forme sévère de la maladie. Sur la base de ces marqueurs, les chercheurs proposent d’attribuer un « SARS-Score » aux patients à leur arrivée à l’hôpital afin d’adapter le traitement à leur profil immunitaire. Ces résultats sont publiés dans Frontiers in Immunology du 12 juillet 2021.

La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), due à l'infection par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV-2), a touché plus de 118 millions de personnes et est responsable de 2,6 millions de décès depuis le début de la pandémie (données OMS  11 mars 2021). L'évolution clinique des patients infectés par le SARS-CoV-2 est très variable d'un individu à l'autre, allant d'un état asymptomatique pour la majorité des patients à des symptômes sévères. Dix à 20 % des patients doivent être hospitalisés et admis en unité de soins intensifs, principalement en raison d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë ou d'une défaillance multi-organe. Certains facteurs augmentent le risque de gravité du COVID-19, notamment l'âge avancé, le sexe masculin et les comorbidités cardiovasculaires - diabète, obésité et hypertension.

La gestion thérapeutique des patients hospitalisés est un problème majeur et l'identification de biomarqueurs immunitaires qui permettraient de prédire l'évolution clinique des patients pourrait fortement améliorer leur prise en charge.

Dans ce contexte, les chercheurs ont réalisé une analyse approfondie de différents éléments du système immunitaire sur une cohorte de patients hospitalisés atteints de COVID-19. Ils ont ainsi analysé pour chaque patient les proportions des différents types de cellules du système immunitaire par cytométrie en flux, les profils de gènes exprimés (données transcriptomiques) ainsi que de nombreux paramètres cliniques reflétant les dommages aux organes : Score OMS pour la fonction respiratoire, sodium et potassium urinaires pour la fonction rénale, index de stéatose hépatique et taux de prothrombine pour les fonctions hépatiques, troponine pour la fonction cardiaque et E-sélectine pour l’état des vaisseaux sanguins, entre autres. 

Ils ont ainsi pu identifier deux groupes de patients qui diffèrent dans l'expression des gènes immunitaires et se distinguent par le niveau de gravité de la maladie. Ainsi, les gènes fortement exprimés chez les patients présentant une forme grave reflètent une signature de cellules myéloïdes et neutrophiles, une forte réponse inflammatoire et les gènes sous-exprimés montrent une réponse immunitaire adaptative diminuée (diminution de la présentation antigénique, de la prolifération et de l’activation des lymphocytes T).

En parallèle, les chercheurs ont identifié un ensemble de biomarqueurs facilement quantifiables, appelé "SARS-Score", qui permet de repérer les patients à haut risque de développer une forme sévère. Ce score comprend 7 gènes: CEACAM1, S100A8, S100A12, CSF1R, TLR5, CD59 et CD96 dont l’expression permet de distinguer les patients ainsi qu’une combinaison de 8 variables cliniques : IMC (indice de masse corporelle), score OMS, hème oxygénase 1, sodium urinaire, E-sélectine, taux de prothrombine, troponine et nombre de lymphocytes.

Sur la base de ces résultats, les chercheurs ont interrogé des bases de données de molécules thérapeutiques afin d’identifier les médicaments qui pourraient agir sur les différents paramètres qu’ils ont trouvé associés au développement de formes graves.  Cette analyse a permis d’identifier plusieurs molécules qui pourraient être utilisées pour éviter l’aggravation des patients, dont les glucocorticoïdes, des anti-inflammatoires, des immunosuppresseurs, ou encore des molécules immunorégulatrices. Certaines de ces molécules sont de fait déjà testées dans des essais cliniques.

Cette étude fournit aux médecins un outil de diagnostic important, le SARS-Score, ainsi que plusieurs pistes thérapeutiques pour éviter le développement de formes graves de la maladie COVID19.

 

Référence: Immune Signature Linked to COVID-19 Severity: A SARS-Score for Personalized Medicine, Russick et al. Front. Immunol., 12 July 2021 |

Contact : Isabelle Cremer, isabelle.cremer@sorbonne-universite.fr

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